Vous avez un style vraiment original et peu conventionnel dans Pourquoi j’ai tué Pierre, quel est votre parcours ?
Alfred : Je n’ai pas fait d’école. En fait, je dessine depuis que je suis tout petit. Je viens d’une famille de comédiens et j’ai pris l’habitude de croquer les scènes de théâtre qu’ils jouaient. Dessiner m’apaisait, j’étais un petit garçon très angoissé. Mes influences viennent donc plus du théâtre et de la littérature que du monde de la BD. Je cherche à dessiner de la manière la plus instinctive et émotionnelle possible. Je me lâche parce que je ne veux pas faire de beaux dessins. Ce n’est pas ce qui compte pour raconter une histoire.
Comment est né le projet de Pourquoi j’ai tué Pierre ?
Alfred : Ma rencontre avec Olivier Ka a été un vrai coup de foudre amical. Ce qui est amusant, c’est qu’on s’était croisé étant enfant. Nos parents fréquentaient le même milieu. On s’était vu sans le savoir à Hara-Kiri. Pour ce qui est de l’album, Olivier m’a confié son histoire un soir où on avait bien picolé. Il m’a tout raconté en laissant beaucoup de blanc et a fini par me dire qu’il voulait en faire quelque chose. Je lui ai répondu que « tous les silences que tu as laissé, je les remplirai avec des dessins ».
Justement, comment s’est passé cette mise en image ?
Alfred : Je l’ai faite en trois mois, jusqu’à l’épuisement. Ça participe au cheminement. Je prenais ce que j’avais à raconter et j’oubliais la veille. J’ai essayé de m’imprégner de l’ambiance. Par exemple, la scène du sac de couchage a été dessinée entièrement de nuit. Celle où Olivier est sur la plage, je l’ai dessinée après une cuite.
La représentation de Pierre a-t-elle été difficile ?
Alfred : J’ai cherché à dessiner le souvenir d’enfant d’Olivier. Un géant gargantuesque. En fait, ce n’était pas un géant mais j’ai dessiné les souvenirs, non la réalité.
Pourquoi avoir incorporé des photos ?
Alfred : On a décidé d’aller voir la maison de Pierre juste pour reprendre un peu d’ambiance. On pensait que Pierre était mort. J’étais parti pour faire 200 photos. La rencontre entre Pierre et Olivier était tellement inattendue que je n’en ai pris que douze. J’ai altéré les photos pour montrer la déstabilisation. Les douze sont dans l’album. Concernant les photos en voiture, c’est un passage en mode reportage. J’en étais un acteur.
Le prix du public est une consécration. Avez-vous eu des retours négatifs ?
Alfred : Non, aucune réaction virulente. Parfois on a eu des contacts déstabilisants. Certaines personnes sont venues nous confier qu’elles avaient vécu la même chose. C’est une BD qu’on avait fait pour nous au départ, on s’est fait dépasser par l’engouement. Cette réussite aide beaucoup Olivier à se détacher de cette histoire.