« Voyage », c’est un des mots qui revient sans cesse dans le discours de Thierry Plus. L’auteur de Dog et moi est loin des univers nombrilistes de certains auteurs en vogue. Non, lui rêve de grands espaces et d’aventure dans la vie comme en BD. Après les beaux-arts de Lyon et l’école des arts décoratifs de Strasbourg, Thierry Plus exerce la profession de graphiste aux quatre coins du monde avant de se lancer dans la réalisation de sa première BD : Dog et moi. Une première œuvre repérée par Joann Sfar, directeur de collection chez Gallimard. Thierry Plus a répondu au questionnaire de 9eme regard :
La description de mon univers :
Il y a toujours un contexte extérieur, un voyage par exemple. Les facteurs environnementaux vont conditionner les rapports entre les personnages. Ce sont presque des personnages principaux. Il faut donner l’impression d’y être, créer quelque chose de très sensitif pour le lecteur. Un autre avantage, c’est que les scènes en extérieur donnent une notion du temps en fonction de la lumière. Je pense que ce sera sûrement une ligne directrice qu’on retrouvera dans mes publications à venir.
3 adjectifs pour décrire mon style :
C’est dur comme question. Je ne sais pas trop. Peut-être décalé. Je dirais plus facilement ce que ce n’est pas…
Mon lieu idéal de création :
Dans la petite maison face à la mer qui se trouve dans les dernières pages de Dog et moi… A l’écart du monde, les pieds dans l’eau et avec une planche à voile pour aller me changer les idées.
Dans ma trousse d’artiste j’ai :
Des crayons, une gomme, un taille-crayon, un cutter, de la colle, des pinceaux, plein de pelades de gommes et de rognures… J’ai toujours un appareil photo aussi pour prendre des éléments qui m’intéressent : une vieille dépanneuse, une lumière… Je fais beaucoup de repérages. Je fais aussi des photos de moi au fond de mon jardin pour travailler les postures de mes personnages ce qui divertit beaucoup mes voisins ! Je réalise également des expériences pour voir comment marchent les choses. Dans Dog et moi, il y a des tonneaux qui brûlent dans l’eau alors j’ai fait des essais avec de l’essence pour voir.
Si mon œuvre avait une bande-son :
Ça me plaît comme idée. J’aimerais des sonorités locales avec des extraits radio, de la musique du coin et un univers sonore sur lequel on ne m’attend pas peut-être… Je pense à « Suite africaine » d’Aldo Romano, Louis Sclavis et Henri Texier.
L’auteur avec qui j’aimerais collaborer :
A vrai dire, que la collaboration se fasse avec un auteur n’est pas si primordial que ça. Un maçon peut avoir à raconter une sacrée histoire. Ma grand mère en avait des tonnes sous le coude, par exemple… Sinon, j’aurais bien aimé être à la place de Miles Hyman pour transcrire Lorsque Lou de Philippe Djian (Futuropolis). Ce type paumé qui part se faire maltraiter dans un pays rude avec le froid, les ours et les villageois brutaux, il y a quelque chose de jubilatoire là-dedans. Le récit, le contexte très présent et la psychologie tourmentée des personnages : tous les ingrédients pour une histoire forte et pas prétentieuse sont réunis. Mais bon, la liste des bons auteurs est longue… Plus tous ceux qu’on ne connaît pas, alors…
L’œuvre d’art que j’admire :
Les statues de l’Ile de Pâques. Ce sont des personnages inébranlables et graphiquement parfaits. Ils sont là, immobiles, figés et pourtant ils racontent une histoire. Une case de BD devrait raconter une histoire à elle toute seule.
J’aurais aussi aimé être :
Ce n’est pas le métier qui est important, c’est la vie que tu mènes. Les métiers liés au voyage me plairaient, pourquoi pas reporter pour un magazine de planche… J’aime aussi le travail du bois donc menuisier aussi… ou musicien, je joue un peu de guitare.
Mes BD coup de coeur :
La ligne de fuite de Christophe Dabitch et Benjamin Flao et Notes pour une histoire de guerre de Gipi.
Ma lecture du moment :
Je lis « Naufrage et survie en mer » d’Alain Guichard pour me documenter pour mon prochain album. C’est un ouvrage technique pour les navigateurs avec des récits très détaillés et des témoignages de naufrages.
Mon regard sur le monde de la BD :
Je suis un petit nouveau dans le milieu alors ma vision est certainement naïve. Je trouve que c’est un petit monde accueillant, sympa même, qui révèle sa complexité et ses enjeux économiques avec de la pudeur, dans un second temps. Le statut d’auteur est très agréable à défaut d’être confortable, en ce qui me concerne en tout cas pour l’instant. J’ai un peu bataillé pour en faire partie et je ne suis pas déçu. Les auteurs qui se plaignent trop, connaissent sans doute mal leur chance… Mais bon, je ne suis pas à la place des autres…
Bibliographie
Dog et moi – Editions Gallimard – 2008