Pourquoi j’ai tué Pierre

Scénario : Pourquoi j’ai tué Pierre apparaît d’abord comme un ouvrage de confiance. Celle qu’Olivier Ka a offerte au dessinateur Alfred pour mettre en image cette autobiographie. L’auteur nous livre un ouvrage plein de finesse, loin du manichéisme qui échoit souvent au sujet sur la pédophilie. Le portrait de Pierre  , le prêtre pédophile, montre un être humain avec des côtés sympathiques. L’auteur ne tire pas sur les ficelles du pathos, il se contente de présenter la vision un peu naïve du petit garçon qu’il était.  L’approche n’est pas celle moralisatrice qu’un adulte pourrait avoir. Olivier s’interroge sur la nudité et le rapport à son corps entre les interdits formulés par ses grands-parents, l’exemple libertaire de ses parents et ce prêtre déroutant. La limite est pourtant clairement fixée par l’image : Olivier se transforme le temps d’une planche en souris alors que Pierre est le chat. Le petit garçon sait qu’il ne veut pas dormir avec Pierre sans vraiment percevoir l’immoralité de l’acte.

Graphisme : Ce sujet délicat est porté par un parti pris graphique original. Alfred a fait de Pierre un personnage à la physionomie sympathique, un bonhomme rondouillard et barbu arborant un grand sourire.  Les planches sont assez variées au niveau du style, un mélange graphique justifié et qui porte bien l’intrigue. Le travail sur les couleurs est une des grandes réussites de l’album. Les oppositions de bleu et de rouge soulignent particulièrement bien les moments de tension.

Originalité : Le brio des deux auteurs réside dans le traitement toute en finesse et en nuance d’un thème difficile. Pourquoi j’ai tué Pierre a reçu en 2007 le prix du public du festival de  la BD d’Angoulême. Une récompense méritée pour cet album d’une rare justesse.

Références :

Pourquoi j’ai tué Pierre d’Olivier Ka et Alfred
Parution : Septembre 2006
Edition : Delcourt
Collection : Mirages
Prix : 14,95 euros

Lire l’interview d’Alfred sur Pourquoi j’ai tué Pierre

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